Le château de Chambord

Définition

Mark Cartwright
par , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 24 août 2020

Texte original en Anglais : Chateau de Chambord

Chateau de Chambord (by Mark Cartwright, CC BY-NC-SA)

Le château de Chambord, situé dans la vallée de la Loire, dans le Loir-et-Cher, en France, fut construit entre 1519 et 1547 EC. Ce beau bâtiment de la Renaissance française, bien qu’impressionnant par sa taille et ses détails architecturaux, fut commandé par François Ier de France (r. 1515-1547 EC) pour fonctionner comme un pavillon de chasse où le roi et son entourage pourraient poursuivre le gibier abondant dans la forêt environnante. Le château possède plusieurs éléments de design innovants qui ont largement influencé d’autres majestueux édifices français au 16e siècle EC, et il reste l’un des bâtiments les plus célèbres et les plus visités en France. Le château de Chambord a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1981 EC.

François Ier

François Ier succéda à son cousin, Louis XII de France (r. 1498-1515 EC), quand le roi mourut sans enfants. Bien que François était, comme Louis, fort absorbé par une guerre en cours avec l’Italie, le roi français fut déterminé à laisser un héritage durable de son règne. L'architecture était son principal centre d’intérêt et l’un des joyaux du grand projet architectural de François Ier fut le château de Chambord. Situé dans la région fortement boisée de la Sologne dans la vallée de la Loire, le château se voulait une retraite où le roi pourrait échapper aux intrigues de la cour et profiter d’un coin de chasse, en particulier de cerfs.  François Ier élargit continuellement le domaine par des achats jusqu’à ce qu’il couvre plus de 2500 hectares. Le château fut construit sur le site d’un pavillon de chasse ou château médiéval utilisé par les comtes de Blois et situé sur un affluent de la Loire, le Cosson. Cette structure, dont les vestiges furent découverts sous l’une des tours de Chambord, avait une fonction militaire attestée par la preuve documentaire d’une garnison qui y était stationnée depuis 1356. Dans la longue histoire du site, il y a un indice sur l'origine du nom « Chambord »: les Celtes appelaient cette zone cambo ritos signifiant « gué dans la courbe » faisant référence à une torsion dans la rivière Cosson.

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Chambord prit l’aspect impressionnant d’un château médiéval, même s’il n’y avait besoin d'aucune défense militaire.

Comme cette vaste étendue de forêt appartenait maintenant à la Couronne, François Ier était complètement libre de suivre son royal caprice architectural et de construire une véritable extravagance à partir de rien. Un des plus grands mécènes de la Renaissance, François Ier commanda les services de nombreux artistes français et étrangers célèbres. L’un de ces personnages fut l’ingénieur et architecte italien Léonard de Vinci (1452-1519 EC), qui participa peut-être à la phase de conception préliminaire du château de Chambord - en particulier l’escalier dont le maître fit plusieurs esquisses. Cependant, comme Léonard mourut avant que la construction n’ait vraiment commencée, on ne peut que spéculer sur l'étendue de sa contribution. L’architecte le plus souvent crédité du triomphe qu’est Chambord est Domenico da Cortona (1470-1549 EC). Domenico était italien mais s’était déjà fait un nom en travaillant pour le roi Charles VIII de France (r. 1483-1498 EC). Domenico créa probablement le modèle en bois détaillé que les constructeurs du château grandeur nature tentèrent de reproduire dans la pierre. Les autres noms associés au long processus de construction comprennent les architectes français Jacques Sourdeau, Pierre Neveu et Denis Sourdeau, et, nommé par François Ier comme surintendant de la construction, François de Pontbriant. Les travaux commencèrent en 1519 et se poursuivirent avec quelques interruptions jusqu’à ce que la construction soit en grande partie terminée en 1540. D’autres ajouts comme l’aile Royale ou l’aile Est furent apportés en 1544-1545 EC et ne furent pas terminés avant la mort de François Ier en 1547 EC.

Chateau de Chambord & Cosson River
Chateau de Chambord & Cosson River
by Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Caractéristiques architecturales

Bien qu’il s’agisse d’une retraite de chasse, Chambord prit l’aspect impressionnant d’un château médiéval, même s’il n’y avait aucunement besoin de défense militaire. L’échelle du bâtiment fut conçue pour impressionner en tant qu'une des nombreuses résidences royales que le roi utilisa tout au long de son règne. En outre, il y avait aussi la nécessité pratique de fournir un logement suffisant pour le vaste entourage du roi qui pouvait compter plus de 600 courtisans et serviteurs.   

Le donjon central carré a des tours d’angle rondes, chacune surmontée d’un toit conique et d’une lanterne. Une tour centrale supplémentaire possède des contreforts volants, un escalier en colimaçon, et sa propre lanterne, cette fois-ci surmontée d’une fleur de lys. La plus haute partie du château, la tour centrale, mesure 56 mètres de haut (183 pi). Le donjon est entouré d’un mur d'enceinte (enceinte basse) qui a lui-même des tours circulaires d’un étage de haut dans les coins. Sur le côté sud se trouve l’entrée principale, la Porte Royale. Dans la cour, une double porte donne accès au donjon tandis qu’un escalier extérieur en colimaçon, dans les tours nord et ouest, donne accès aux étages supérieurs des ailes du château.  

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Construit à une époque où les architectes de la Renaissance italienne introduisirent de nouvelles idées dans l'architecture française, Chambord présente plusieurs innovations. L’ensemble de la disposition du donjon central, mieux vu de dessus, reproduit une croix grecque - chaque bras étant précisément deux fois plus long que large - une caractéristique architecturale que l'on retrouve dans la villa des Médicis à Poggio a Caiano.

Aerial View, Chateau de Chambord
Aerial View, Chateau de Chambord
by Elementerre (CC BY-SA)

Une deuxième innovation remarquable est le double escalier en colimaçon monumental qui s’élève au centre du donjon pour atteindre un plafond de verre et qui permet l'accès au toit en pavillon. Les escaliers décrivent chacun un virage à 360 degrés entre chaque étage, ce qui permet à deux personnes, chacune montant un escalier différent, de garder l’autre en vue sans jamais se rencontrer. Si la conception de cet escalier ne fut pas l’idée originale de Léonard, elle fut probablement une caractéristique du modèle original créé par Domenico da Cortona. Ou bien, il a peut-être été inspiré par l’œuvre de son collègue architecte italien Giuliano da Sangallo (c. 1545-1516 EC). Les autres éléments d’inspiration italienne du château comprennent des cadres de fenêtre ornementaux classiques, des pilastres et des moulures qui donnent à l’extérieur une façade très profilée sur les quatre côtés.  

Outre les idées italiennes, Chambord présente également de nombreuses caractéristiques de l’architecture française de l’époque, notamment de la région de la Bourgogne. Un exemple de cette tradition peut être vu dans la silhouette épineuse du château, créée par une myriade de tours, tourelles, cheminées et pinacles. On dit qu’il y a une cheminée intérieure à Chambord pour chaque jour de l’année, et celles-ci débouchent sur non moins de 200 cheminées de toit très ornées. Le toit est sublimé davantage par des passerelles et des terrasses offrant une vue splendide sur le parc, et sa forêt environnante, qui est resté un parc de chasse royal bien approvisionné (et bien surveillé) de 1547 à 1777 EC.

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Spiral Staircase, Chateau de Chambord
Spiral Staircase, Chateau de Chambord
by Hélène Rival (CC BY-SA)

Intérieur 

Le donjon est divisé symétriquement en quatre parties, chacune contenant son propre groupe d’appartements sur trois étages. L’anneau extérieur des pièces dans le mur extérieur est divisé en trois ailes au rez-de-chaussée avec seulement des étages supérieurs partiels sur les ailes ouest et est. Les chambres de François Ier sont situées au premier étage de la tour extérieure Robert de Parme, dans l’angle nord du château. La chapelle, avec son impressionnante voûte en berceau, se trouve au premier étage de la tour extérieure ouest, la tour de la chapelle.   

L’intérieur du château était à l’origine décoré dans le style classique italien. Il y a 440 pièces et bien que celles-ci soient restées en grande partie vide pendant de nombreuses années, les suites royales et les appartements d’hôtes ont récemment été meublés avec des éléments contemporains de l’apogée du château sur la base des inventaires disponibles à partir du milieu du 18e siècle EC. À partir de 2014, plus de 40 pièces uniques en leur genre ont été installées dans le château, ce qui donnent aux visiteurs un aperçu authentique de sa riche histoire. Ces pièces comprennent des lits à baldaquin, des canapés, des tables, des chaises, des horloges, des peintures et des vases d’époque. La Chambre de la Reine, au deuxième étage de la tour nord du donjon, mérite une mention spéciale. Restaurée à son aspect du 17e siècle EC, elle dispose d’un lit à baldaquin bleu luxuriant avec tenture, tapisserie et tabourets assortis. La chambre fut utilisée entre autres par la reine Marie-Thérèse d’Autriche, épouse de Louis XIV.

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Histoire récente

Bien que François Ier n’ait jamais vraiment passé beaucoup de temps dans son chef-d’œuvre de l'architecture française - 72 jours en tout et pour tout - Chambord remplit son office de symbole du pouvoir royal français pour un public national et étranger. Charles V, empereur romain germanique (r. 1519-1556 EC), fut impressionné lors de sa visite et il décrit le château comme « un résumé…de l’industrie humaine » (Forlivesi, 10). Le parc forestier clos et les terres ont été élargis par les propriétaires suivants, notamment au milieu du 17e siècle EC par Gaston d’Orléans (1626-1660 EC), le frère de Louis XIII (r. 1610-1643 EC). C’est Gaston qui compléta les murs de la propriété et rénova les étages supérieurs du donjon et le premier étage de l’aile royale. 

La perfection de Chambord était telle que les rois hésitèrent plus tard à en modifier l’extérieur. Louis XIV (r. 1643-1715 EC) compléta l’aile de la chapelle et se lança dans un programme général de restauration qui comprenait l’aménagement paysager de la zone immédiate autour du château pour créer des jardins français. Le « Roi-Soleil » incorpora encore plus de paroisses voisines dans le domaine royal et il organisa plusieurs grands rassemblements extravagants à Chambord pendant son long règne. Ces événements incluaient des invités illustres comme le dramaturge Molière (1622-1673 EC). Sous le règne de Louis XV (r. 1715-1774 EC), Chambord fut rendu plus confortable, surtout pour les périodes les plus froides de l’année, avec l’ajout de parquet, de lambris et de faux plafonds bas. Entre 1745 et 1750, Chambord devint la résidence permanente du maréchal de Saxe (1696-1750) qui enrichit grandement le mobilier intérieur et créa le réseau de sentiers qui sillonnaient le domaine, dont beaucoup survivent encore aujourd’hui.

Chimneys, Chateau de Chambord
Chimneys, Chateau de Chambord
by Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Pendant la Révolution française (1789-1799 EC), le château fut saccagé, son mobilier vendu et le gibier dans le parc fut presque entièrement chassé. Après être passé brièvement aux mains du général de Napoléon Berthier, il fut mis en vente sur le marché libre en 1819. A partir de 1821 EC Chambord fut la propriété du duc de Bordeaux (1820-1883 EC) qui, bien qu’en exil et n’ayant jamais vu sa belle propriété avant 1871 EC, s’appellait Comte de Chambord. À partir de 1827, le château fut ouvert au public mais fut négligé. Le romancier français Gustave Flaubert (1821-1880) le visita et remarqua : « L’araignée tisse sa toile sur la salamandre de François Ier » (D’Huart, 33), se référant aux toiles d’araignée sur les nombreux exemples sculptés de cet animal, symbole de François Ier, dans tout le château. Heureusement, au cours de la seconde moitié du 19e siècle, d’importantes rénovations ont été effectuées. Le Château de Chambord a été acquis par l’Etat français en 1930 EC et les travaux de rénovation et de restauration sont en cours depuis lors.

Le château aujourd’hui

Le Château de Chambord reste aujourd’hui un édifice emblématique, le château par excellence dans un pays légitimement célèbre pour ses palais extravagants. Le château est ouvert au public et comprend des écuries, des jardins anglais (mais aussi à la française depuis 2017), un musée dédié au comte de Chambord et des galeries d’expositions temporaires. Chambord abrite également l’une des plus importantes collections de tapisseries de France datant du 16e au 19e siècle. Ces chefs-d’œuvre textiles couvrent des sujets tels que les passages de la Bible, la mythologie grecque et des figures célèbres de l’Antiquité, et elles ont été rigoureusement sélectionnées pour être inclues dans la collection soit parce qu’elles étaient précedemment suspendues à Chambord ou parce qu'elles ont pour thème la chasse ou le château.

Aujourd’hui, l’ensemble du domaine de Chambord s’étend sur plus de 5400 hectares et, avec son périmètre de 32 kilomètres de long (20 milles), c’est la plus grande enceinte forestière d’Europe et l’une des attractions touristiques les plus visitées de France, le joyau le plus resplendissant dans la fabuleuse "chaîne" de châteaux qui s’étend sur toute la longueur de la vallée de la Loire.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth is currently teaching English at the British Council, Milan. Fluent in French, English and Italian she has 25 years experience in the field of education. She enjoys travelling and learning about the history and heritage of other cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark is a history writer based in Italy. His special interests include pottery, architecture, world mythology and discovering the ideas that all civilizations share in common. He holds an MA in Political Philosophy and is the Publishing Director at AHE.