Carnac

Définition

Mark Cartwright
par , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 04 août 2014

Texte original en Anglais : Carnac

Kermario Dolmen, Carnac (by Mark Cartwright, CC BY-NC-SA)

Carnac, situé sur la côte nord-ouest de la France, est le site de la plus grande concentration de monuments mégalithiques au monde. Plus de 100 monuments, qui comprennent des monticules funéraires, des tombes en pierre, des enclos et des arrangements linéaires de menhirs, y furent érigés entre le 5e et le 3e millénaire AEC par les communautés agricoles néolithiques qui habitaient la région de Carnac.

Arrangements

Les pierres de granit (mégalithes), dont la taille varie de 1 mètre à 6,5 mètres de hauteur et pesant plusieurs centaines de tonnes, furent prélevées (non extraites) des affleurements rocheux des environs. Les pierres furent très probablement déplacées à l’aide de leviers et de rouleaux et les pierres positionnées au-dessus des autres furent traînées vers le haut sur pente de terre artificielle mise à niveau avec le dessus des pierres verticales, la terre étant ensuite enlevée lorsque la construction fut achevée. Les pierres furent placées selon plusieurs types d’arrangements :

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Menhirs - pierres isolées, souvent grossièrement taillées et placées dans un trou peu profond et sur une pierre angulaire pour plus de stabilité.
Monticules - tombes individuelles, aussi appelées tumulus.
Dolmens - tombes collectives composées de pierres verticales surmontées de pierres horizontales et de maçonnerie sèche, parfois avec un passage d’entrée et, à l’origine, recouvertes soit d’un monticule de terre préservant le passage d’accès, soit d’un tumulus sans accès aux tombes intérieures.
Enclos - cercle ou espace délimité bordé de pierres et fermé par des mégalithes adjacents ou fermés.
Les alignements - les rangées parallèles des pierres simples verticales parfois s’étendant sur plusieurs centaines de mètres.  Les lignes sont souvent plus ou moins droites, mais parfois courbes et même changeant légèrement d’angle à certains points des lignes.
Cairns - des piles de pierres plus petites, habituellement construites sur un lieu de sépulture.

Exemples clés

Le tumulus de St. Michel, mesurant 125 x 60 mètres et 12 mètres de haut, est le plus grand monticule funéraire du site. Son nom dérive de la chapelle construite dans les temps modernes à son sommet. Des fouilles à l’intérieur de la chambre funéraire située à 8 mètres de profondeur ont révélé de nombreux objets aujourd’hui conservés au musée de la Préhistoire de Vannes. Il s’agit notamment de pendentifs, de billes, de plus de 40 têtes de hache de jadéite verte ou de fibrolite blanche, et de 97 perles. Des fouilles secondaires et plus complètes ont révélé un petit dolmen à l’extrémité ouest du monticule et un tombeau plus grand au centre qui était lui-même entouré de 15 tombes irrégulières contenant des os de bovin. La datation au carbone place la construction du tumulus à 6000 AEC.

Neolithic Variscite Necklace
Neolithic Variscite Necklace
by Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Le monticule de Kerlescan a une pierre de 3,7 mètres de haut sur le dessus, une caractéristique commune de ces structures. Les trouvailles dans le monticule remontent à 2200 AEC et comprennent des poteries et une hache de cuivre. Le tumulus du Moustoir Er Mané a une forme ovale inhabituelle et mesure 35 x 23 mètres et se dresse à 12 mètres au-dessus des environs. Une fois de plus un menhir a été placé sur le dessus, celui-ci mesurant 2,8 mètres de haut. Un autre exemple de la forme de tumulus est le tumulus du Manio qui mesure 37 x 10 mètres et est surmonté d’un menhir massif de 6,5 mètres connu sous le nom de  Géant du Manio. Les grandes pierres à l’intérieur de la structure présentent des sculptures en forme de serpent.

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LES DOLMENS SITUÉS PRÈS DES ALIGNEMENTS de KERLESCAN SONT DE BONS EXEMPLES DE CHAMBRES FUNÉRAIRES MOINS COMMUNES AVEC UNE ENTRÉE LATÉRALE SECONDAIRE.

Parmi la cinquantaine de dolmens dispersés autour de Carnac, le plus célèbre est le Dolmen de Crucuno avec son arrangement classique d’un cercle de pierres géantes surmonté d’une dalle de pierre massive de 40 tonnes. La chambre funéraire du dolmen mesure 3,5 mètres de diamètre et mesure 1,8 mètre de hauteur. A l’origine, il y avait aussi un couloir d’entrée de 24 mètres de long composé de pierres dressées, mais celles-ci, comme beaucoup de structures de Carnac, ont été pillées afin que les pierres puissent être réutilisées dans les bâtiments modernes.

Un  rare dolmen possède encore son monticule de terre d’origine au-dessus ainsi qu’un tronçon de 6,5 mètres de long de son tunnel d’entrée; il s’agit du dolmen proche de la section des alignements de Kermario qui fut construit aux alentours de 4600-4700 AEC. Mesurant 25 mètres de diamètre et 5 mètres de haut, la structure avait jadis un impressionnant anneau de pierres autour de sa circonférence, mais seules les pierres du côté sud-ouest ont survécu. Les dalles de pierre à l’intérieur de la structure ont été sculptées pour montrer des motifs géométriques et à tête de hache. Une grande pierre dans la chambre intérieure prend la forme d’un bouclier qui est une caractéristique de dolmen dans toute la région et considéré comme représentant la déesse de la terre mère. Les objets trouvés à l’intérieur comprennent des poteries, des haches, des perles et des pointes de flèches en silex, dont beaucoup datent d’environ 2000 AEC et démontrent que la structure fut utilisée pendant des millénaires.

Peut-être le meilleur dolmen sans tumulus est celui situé aux confins des alignements de Kermario. Mesurant 8,7 mètres de longueur, il reste quatre dalles de pierre du toit ainsi qu’une courte section du passage d’entrée. Le dolmen de Kériaval, qui comporte deux chambres latérales, à Mané Groh avec ses quatre chambres intérieures, et le dolmen rectangulaire de Clud-er-Yer, sont des exemples de dolmens qui contiennent des chambres compartimentées intérieures. Enfin, les nombreux dolmens près des alignements de Kerlescan sont de bons exemples de chambres funéraires moins communes avec une entrée latérale secondaire.

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Large Menhir, Carnac Alignments
Large Menhir, Carnac Alignments
by Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Les longues rangées parallèles et les arrangements semi-circulaires de grands menhirs dressés qui s’étendent sur 15 km à travers les champs de Carnac sont connus simplement comme les alignements. Les milliers de pierres ont subi toutes sortes d’interférences au fil du temps. Certains ont été déplacés par des fermiers pour éviter que les archéologues n’interfèrent dans leur gagne-pain, beaucoup ont été volés, des routes et des parkings ont été construits à travers eux, plus de 50 ont été utilisés pour construire un phare et un grand nombre sont tombés sur leur flanc. Pourtant, beucoup ont survécu pour créer un panorama impressionnant, un schéma de placement prémédité. Le groupe le plus complet est au Menec où il y a onze rangées de pierres, chaque pierre diminuant de taille se déplaçant vers l’est et se terminant à chaque extrémité en un grand cercle de pierre. Le cercle à l’extrémité ouest a été construit à l’origine en utilisant environ 70 pierres. Le meilleur enclos qui subsiste, cependant, est dans la section d’alignement de Kerlescan où il y a un espace de 240 x 200 mètres entouré de grandes pierres verticales placées très près l’une de l’autre. Les fouilles dans les alignements ont révélé des découvertes de poteries, de silex et de foyers.

Finalité

La signification exacte des pierres, en particulier les alignements, a été beaucoup débattue pendant des siècles. La population locale considérait depuis longtemps les mégalithes comme magiques, André-François Boureau-Deslandes pensait qu’ils étaient apparus naturellement suite aux 'bouleversements subis par la Terre ', et l’écrivain Gustave Flaubert les considérait de banales 'grandes pierres '. Les premiers chercheurs les considéraient comme des exemples de temples celtiques ou de points d’assemblage pour les anciens druides d’Armorique ou même des cartes de corps célestes. L’une des théories les plus pittoresques, selon la légende de St. Cornely, était que les énormes pierres étaient en fait une armée de légionnaires romains qui avaient tenté à tort d’attaquer le saint.

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Granite Menhirs, Carnac
Granite Menhirs, Carnac
by Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

De plus en plus de recherches scientifiques commencèrent au 19ème siècle EC avec l’Écossais J. Miln, qui étudia les mégalithes et ouvrit un musée de la préhistoire dans la petite ville de Carnac. Le travail de Miln a été poursuivi par son étudiant Zacharie Le Rouzic qui a également veillé à ce que les pierres soient protégées pour les générations futures. Leur travail, et celui de ceux qui les ont suivis, apporta un peu plus de lumière sur les secrets de Carnac.
Il semble certain que les plus grandes structures soient des exemples d’architecture funéraire ancienne, mais ces bâtiments peuvent aussi avoir servi de repères territoriaux. Les structures auraient également pu avoir un but secondaire en tant que symbole et renforcement de l’identité de groupe. Les pierres isolées des alignements sont beaucoup plus mystérieuses mais le consensus scientifique les définit comme des marqueurs très probablement pointant vers ou soulignant la présence d’un site sacré ou d’un lieu de sépulture significatif. Les lignes parallèles des pierres semblent définir des chemins qui convergent vers certains enclos qui sont eux-mêmes situés sur un terrain plus élevé. Il a également été noté que les lignes, s’étendant d’est en ouest, suivent le lever du soleil aux solstices. Par conséquent, pris ensemble - les lignes et les enclos - l’ensemble de la zone couverte par des pierres apparemment aléatoires devient un tracé délibérément construit de voies de procession et d’espaces sacrés, un modèle reproduit par de nombreuses civilisations antiques ultérieures pour leurs rites sacrés des Minoens en Crète à la civilisation Nazca en Amérique du Sud.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth is currently teaching English at the British Council, Milan. Fluent in French, English and Italian she has 25 years experience in the field of education. She enjoys travelling and learning about the history and heritage of other cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark is a history writer based in Italy. His special interests include pottery, architecture, world mythology and discovering the ideas that all civilizations share in common. He holds an MA in Political Philosophy and is the Publishing Director at AHE.