La médecine en Grèce antique

Définition

Mark Cartwright
par , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 11 avril 2018

Texte original en Anglais : Ancient Greek Medicine

Hygieia, Vatican Museums (by Mark Cartwright, CC BY-NC-SA)

Dans la médecine grecque antique, la maladie était initialement considérée comme une punition divine et la guérison, littéralement, comme un don des dieux. Cependant, au Ve siècle AEC, on tenta d’identifier les causes matérielles des maladies plutôt que les causes spirituelles, ce qui conduit à s’éloigner de la superstition pour se tourner vers l’enquête scientifique, même si, en réalité, les deux ne seraient jamais complètement séparées. Les médecins grecs, alors, commencèrent à s’intéresser davantage au corps à proprement parler et à explorer le lien entre la cause et l’effet, le rapport entre les symptômes et la maladie et le succès ou l’échec de divers traitements.

Points de vue grecs sur la santé

La médecine grecque n’était pas un ensemble uniforme de connaissances et de pratiques, mais plutôt un ensemble diversifié de méthodes et de croyances qui dépendaient de facteurs généraux tels que la géographie et l'époque en question et de facteurs plus spécifiques tels que les traditions locales et le sexe et la classe sociale d’un patient. Néanmoins, les points communs qui traversaient la pensée médicale grecque incluaient un interêt particulier pour les effets positifs et négatifs de l’alimentation et la croyance que le patient pouvait réellement faire quelque chose au sujet de leur plainte, contrairement à une mentalité plus fataliste et spirituelle des temps anciens.

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Pour les Grecs antiques, il pouvait y avoir à la fois une cause ou un remède divin et physique pour les maladies.

Cependant, la distinction entre le monde spirituel et physique est souvent floue dans la médecine grecque, par exemple, le dieu Asclépios était considéré comme un dispensateur de guérison, mais aussi un médecin praticien hautement qualifié. Le dieu était invoqué par les patients dans ses différents sanctuaires (notamment Épidaure) pour donner au patient des conseils en rêve sur lesquels les praticiens du site pouvaient alors agir. Les patients reconnaissants laissaient souvent des monuments qui nous révèlent quelques-uns des problèmes qui devaient être traités: ceux-ci comprennent la cécité, les vers, la boiterie, les morsures de serpent et l’aphasie. Comme Épidaure l’illustre si bien , il pouvait, alors, y avoir à la fois une cause ou un remède divin et physique pour les maladies.

Ils découvrirent dès cette époque que le mode de vie et des facteurs comme la chaleur, le froid et les traumatismes étaient des facteurs importants pour la santé des gens et qu’ils pouvaient atténuer ou aggraver les symptômes d’une maladie ou la maladie elle-même. Il fut également reconnu que la constitution physique d’une personne pouvait également influer sur la gravité d’une maladie ou sa susceptibilité à celle-ci. On croyait aussi de plus en plus qu’une meilleure compréhension des causes des symptômes d’une maladie pouvait aider à lutter contre la maladie elle-même. Avec une plus grande connaissance du corps, ils furent en mesure de comprendre que l’équilibre des divers fluides (humeurs) à l’intérieur de celui-ci pouvait être un facteur dans l'origine de la maladie. De même, l’observation des symptômes et de leurs variations devint une préoccupation du médecin grec.

Sources médicales grecques

Les sources textuelles sur la pratique médicale grecque commencent avec des scènes de l’Iliade d’Homère où les blessés de la guerre de Troie sont traités, par exemple, Patrocle nettoyant la blessure d’Eurypyle avec de l’eau chaude. Les questions médicales et les médecins sont également fréquemment mentionnés dans d’autres types de littérature grecque tels que les pièces de comédie, mais les sources les plus détaillées proviennent d’environ 60 traités souvent attribués au médecin le plus célèbre d'entre tous, Hippocrate (5ème au 4ème siècle AEC). Cependant, aucun de ces traités médicaux ne peut lui être attribué en toute confiance et l'on ne sait pratiquement rien de certain à son sujet.

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Statue of Asklepios
Statue of Asklepios
by Nina Aldin Thune (CC BY-SA)

Les textes d’Hippocrate traitent de toutes sortes de sujets médicaux mais peuvent être regroupés en grandes catégories: diagnostic, biologie, traitement et conseils pour les médecins. D'autres sources possibles sont les textes fragmentaires du corpus grec de philosophie naturelle datant du VIe au Ve siècle AEC. Les philosophes en général, voyant les avantages d'une bonne santé sur l’esprit et sur l’âme, étaient souvent concernés directement ou indirectement par le corps humain et la médecine. Ces penseurs comprennent Platon (surtout dans Timée), Empédocle d’Acragas, Philistion de Locri et Anaxagoras.

Médecins et praticiens

Comme il n’y avait pas de qualifications professionnelles pour les médecins, alors n’importe qui pouvait s’installer en tant que médecin et voyager à la recherche de patients sur qui pratiquer ce qui était connu comme le tekhnē de la médecine (ou art, bien que mystérieux). Les Spartiates avaient, cependant, un personnel spécifique responsable des soins médicaux dans leur armée professionnelle. En outre, les praticiens semblent avoir généralement bénéficié d’une grande estime en dépit de l’absence d’un organisme professionnel reconnu pour superviser et former les futurs médecins et l'étrange docteur fou qui apparaît dans la comédie grecque. Comme le dit Homer dans l’Iliade (11.514), « un médecin vaut beaucoup d’autres hommes ». Non seulement les médecins donnaient des conseils médicaux et des traitements, mais d’autres groupes pouvaient utiliser leur expérience pratique comme les sages-femmes et les entraîneurs de gymnase.

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LE SERMENT D’HIPPOCRATE ÉTAIT EN FAIT UN DOCUMENT RELIGIEUX ASSURANT QU’UN MÉDECIN A OPÉRÉ AU SEIN ET POUR LES VALEURS COMMUNAUTAIRES.

Le fameux serment d’Hippocrate était probablement réservé à un groupe de médecins choisis, et il s’agissait en fait d’un document religieux qui assurait qu'un médecin travaillait au sein et pour les valeurs de la communauté. Par ce serment, le praticien jurait sur Apollon, Hygie et Panacée de respecter leur enseignant et de ne pas administrer de poison, maltraiter les patients de quelque façon que ce soit, utiliser un couteau ou briser la confidentialité entre le patient et le médecin.

Parmi les médecins célèbres figuraient les figures de Dioclès de Caryste (au Ive siècle AEC) qui donna son nom à un bandage cranien et à un type d'instrument pour retirer les pointes de flèches), Praxagoras de Cos (connu pour sa « découverte » du pouls et étant le premier à distinguer les veines des artères), et les Athéniens Mnesitheus et Dieuches. Ces experts dans leur domaine pouvaient examiner le visage d’un patient et faire un diagnostic aidé par des informations telles que l’alimentation du patient, les selles, l’appétit et les habitudes de sommeil. Les traitements utilisaient souvent des plantes naturelles telles que les herbes et les racines, mais pouvaient également inclure l’utilisation d’amulettes et de charmes. La chirurgie était généralement évitée car elle était considérée comme trop risquée, mais des opérations mineures peuvent avoir été effectuées, en particulier sur les soldats blessés au combat.

Traitements médicaux : la guerre

Les soldats blessés étaient en fait l’un des meilleurs moyens pour un médecin d’apprendre son métier et d’élargir ses connaissances du corps humain et de son fonctionnement interne. Il y avait probablement aussi moins de risques que le soldat ne cause des problèmes si les choses tournaient mal, ce qui pourrait arriver avec des patients privés. Outre les problèmes de santé qui  pouvaient également affecter les civils comme la malnutrition, la déshydratation, l’hypothermie, la fièvre et la typhoïde, les médecins traitant les soldats devaient faire face à des blessures causées par des épées, des lances, des javelots, des flèches et des projectiles tirés par des frondes. Les médecins savaient combien il était important de retirer les corps étrangers comme les pointes de flèche de la blessure et la nécessité de nettoyer correctement la blessure (c’est pourquoi les pointes de flèche sont devenues plus difficiles à enlever et donc plus mortelles). Les médecins grecs savaient qu’il était important d’arrêter la perte excessive de sang dès que possible afin de prévenir les hémorragies (bien qu’ils aient également pensé que la saignée pouvait être aussi bénéfique). La chirurgie peut également avoir inclus l’utilisation de l’opium comme anesthésique, bien que les nombreuses références dans la littérature aux patients maintenus immobiles de force pendant la chirurgie suggèrent que l’utilisation de l’anesthésique était rare.

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Caduceus
Caduceus
by The Trustees of the British Museum (Copyright)

Après l’opération, les plaies étaient refermées à l’aide de points de chanvre ou de fil de lin et la plaie était recouverte de bandes de lin ou d’éponges, parfois trempées dans l’eau, le vin, l’huile ou le vinaigre. Des feuilles pouvaient également être utilisées dans le même but et les plaies pouvaient aussi avoir été scellées à l’aide de blanc d’œuf ou de miel. Le traitement post-opératoire était  également pris en considération - l’importance de l’alimentation, par exemple, ou l’utilisation de plantes aux propriétés anti-inflammatoires telles que le céleri.

Découvertes et développements

Avec le temps, les médecins acquirent une connaissance de base de l’anatomie humaine, aidés, sans doute, par l’observation de soldats gravement blessés et, à partir du IVe siècle AEC, par la dissection animale. Cependant, certains prétendaient que cela était inutile car ils croyaient que le corps intérieur changeait au contact de l’air et de la lumière et d’autres encore, comme aujourd’hui, protestaient car selon eux, l’utilisation d’animaux à de telles fins était cruelle. La dissection humaine devrait attendre la période hellénistique où des découvertes telles que le système nerveux au complet furent faites. Néanmoins, il y avait un besoin croissant de découvrir ce qui permettait un bon fonctionnement sain du corps plutôt que ce qui causait la dégradation malsaine d'un corps malade. Le manque de connaissances pratiques, cependant, aboutit à quelques erreurs fondamentales telles que la croyance d’Aristote que le cœur et non le cerveau contrôlait le corps et l’idée proposée dans le traité De Médecine (Ve siècle AEC) que la douleur physique découle de l’incapacité du corps à assimiler certains aliments.

La pratique médicale grecque peut avoir inclus des erreurs, peut-être beaucoup, et probablement même fatales, mais les praticiens grecs avaient commencé la profession médicale dans la bonne direction. L’observation, l’expérience et l’expérimentation ont signifié que ceux qui suivirent, dans la période hellénistique ou romaine, tels que Galien et Celse ont pu continuer leurs enquêtes qui porteraient un jour à une connaissance scientifique du corps humain plus grande et plus précise, à une connaissance des maladies auxquelles il est sensible et des possibles remèdes pour le soigner.

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About the Translator

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth is currently teaching English at the British Council, Milan. Fluent in French, English and Italian she has 25 years experience in the field of education. She enjoys travelling and learning about the history and heritage of other cultures.

About the Author

Mark Cartwright
Mark is a history writer based in Italy. His special interests include pottery, architecture, world mythology and discovering the ideas that all civilizations share in common. He holds an MA in Political Philosophy and is the Publishing Director at AHE.